Chiang Maï, le Triangle d'Or... La Thaïlande à moto !

Texte : Gé, CDLR 71
Photos et commentaires : Ado, Cathy, Nad, Dom “3 Pats”, François, Jeannot, Jef “la poignée”, Jean-Mi “Bô gosse”, Yaya et Cyril.

Chiang Maï, Chiang Raï, le Triangle d’Or, Sukhothaï… Des noms de cités, lieux cultes qui résonnent aux oreilles des baroudeurs confirmés comme des apprentis voyageurs et sont synonymes de saveurs exotiques et bien sûr asiatiques…
Eh oui, c’est le nord de la Thaïlande (anciennement appelée “Siam”), avec un soupçon de Laos, qui sera au menu pour une douzaine d’épicuriens du Carpe Diem Moto-Club de Charnay-les-Mâcon (77) pour les fêtes de Noël et de la St-Sylvestre.

Thailande a moto

Parlons bécanes

Une majorité de Kawasaki 650 Versys, moyennes cylindrées qui ont fait leurs preuves sur les 1 500 bornes du parcours en termes de vivacité moteur et de couple. Les quelques pépins de batterie et alternateur défaillants sont plus à mettre sur le compte d’une maintenance perfectible que sur la qualité de nos machines.
Notre coach Cyril pour ce trip, a parfait sa formation de “rooky” sur une belle Honda CB 500 X à qui il a reproché un certain manque de reprise moteur notamment lors des dépassements de convois de poids lourds ou de “chariotes” remplies de canne à sucre.
Jeannot, notre “Cap’tain Haddock”, s’est encanaillé sur une Honda CB 650 F avec qui il a enroulé des kilomètres de câble, pour son plus grand bonheur.

Côté équipages

• Cyril a géré avec le tour operator local Big Bike Tours l’ensemble du parcours, c’est un habitué de la Thaïlande puisque marié avec la douce Lany originaire du sud-ouest du pays. Néophyte en roulage moto au long cours et quelque peu inquiet quant à sa résistance physique, il a assuré comme un chef, nous faisant bénéficier de sa culture et de sa bonne humeur.
• Jef la poignée et Cathy sa douce, parcourent depuis belle lurette toutes les routes de notre bel Hexagone mais notre spécialiste des courses en bécanes vintage avait quelques légitimes appréhensions avant le départ, vite oubliées grâce à l’ambiance du groupe et à la beauté des paysages.
• Jean-Mi, notre bô gosse à nous, découvrait lui aussi les joies des périples en terre lointaine et toutes les traditions liées au Bouddhisme qui apportent une certaine sérénité à celles et ceux qui arpentent les routes et chemins de traverses de ces magnifiques contrées.
• Jeannot et François, inséparable duo de sexagénaires bon teint, après l’aventure 2014 sur l’Altiplano Argentin, ont continué à faire confiance au Carpe Diem MC et ont profité à 200 % de tous les plaisirs du voyage en bande de potes avec leur bonne humeur habituelle.
• Quant à Nad, Yaya, Dom 3 Pats, Ado et ma pomme (que les fidèles lecteurs du JDM commencent à bien connaître au fil des récits de nos voyages lointains), nous avons continué à profiter à fond de cette vie aventurière où les rencontres, les échanges avec les autochtones valent bien plus que tous les comptes en banque bien remplis du monde.

Le saviez-vous ?
La Thaïlande, de son nom officiel “Royaume de Thaïlande”, a pour capitale Bangkok (8,2 millions d'habitants). La langue officielle est le siamois (aussi appelée thaï), la monnaie le baht abrégé THB (1 € = 38 BHT).

Jour 1, Chiang Maï / Tha Ton, 180 km

Après une première soirée placée sous le signe de la convivialité, la découverte pour certains de la cuisine locale et ses piments “attachants”, nous nous retrouvons face à nos montures que nous testons derechef sur le parking de l’hôtel.
Chacun prend ses marques dans la circulation importante de Chiang Maï, notre guide Noah impose tout de suite un rythme plus que rapide et il nous faut rester concentrés surtout avec la conduite à gauche dont nous ne sommes pas coutumier.
Après la sortie de la zone urbaine un rien anxiogène, nous déroulons du câble avec bonheur sur des routes de montagne au revêtement idéal et arrivons le sourire aux lèvres au camp des éléphants de Mae Sa.

 Camp des éléphants de Mae Sa

Là, les grands enfants que nous sommes tombons en admiration devant les différentes animations proposées par les cornacs* comme ces danses effrénées, tournois de foot ou peinture à la trompe effectués par des pachydermes à la fois imposants et touchants.
* Guides et soigneurs d’éléphants 

Nous reprenons la route et arrivons dans les montagnes où nous enchaînons avec bonheur les virages et épingles à cheveux juste avant d’être dépassés à vive allure et sans ménagement par une colonie de BMW GS 1200 conduites par des pseudo motards qui ne respectent rien ni personne. Cette anecdote nous permettra de mettre les choses au point dès le soir même avec notre guide car, si nous aimons ouvrir en grand parfois, le but de ce voyage est de découvrir les sites et traditions du pays en respectant les autochtones et en préservant notre intégrité physique.
Après quelques déboires connus avec la moto de Jef à l’alternateur récalcitrant qui sera d’ailleurs changé le soir-même, nous découvrons le site enchanteur du Wat Tha Ton.

Wat Tha Ton, incroyable temple bouddhiste

Temple bouddhiste de plusieurs étages perché au sommet d’un pic montagneux où nous admirons le coucher de soleil. Situé sur la route touristique entre Chiang Maï et Chiang Raï, ce temple fut terminé en 2008. On y trouve bien sûr des statues de Bouddha mais aussi d’autre statues marquant l'influence chinoise.
L’apéro est le bienvenu sur la terrasse d’un hôtel de grande qualité, nous échangeons nos premières impressions avant de nous sustenter dans une échoppe locale. “L’esprit Carpe Diem” est à l’ordre du jour, les angoisses des “bleus” de l’équipe sont devenues obsolètes. 

 Jour 2, Tha Tong / Golden Triangle / Chiang Raï, 140 km

Départ dans la bonne humeur après un petit-déjeuner conséquent et des crises de fous-rires partagées avec de charmantes vendeuses à la sauvette, originaires du Laos et de Birmanie ; pardon ici on dit Myanmar*, la culture les gars, la culture…
* Depuis son indépendance du Royaume-Uni en 1948, le pays a changé plusieurs fois de noms (reconnus officiellement ou non). Si l’ONU emploie le terme “Myanmar”, la France utilise très majoritairement le nom “Birmanie”.

La route est splendide, les paysages hors normes, nous savourons l’instant, tous les instants, restant cependant vigilants car les conducteurs locaux adoptent le bon vieux principe de “leur” code la route, à savoir c’est le véhicule le plus imposant qui passe…

 Doi Mae Salong

Au coeur d’un village de montagne à quelques kilomètres de la frontière birmane, une verdoyante et magnifique plantation de thé s’offre à nos yeux et nous en profitons pour tester les différentes variétés de ce breuvage indissociable de la culture des pays asiatiques dans leur ensemble. Les habitants sont majoritairement d’origine chinoise, d’ailleurs tous les panneaux et écritures sont en chinois.

 Les femmes girafes

Mais avant ce mets de choix, nous visitons un village typique de l’ethnie des Karen où nous rencontrons les fameuses “femmes girafes”. Ces belles, très belles damoiselles qui, dès leur plus jeune âge, se voient affubler d’anneaux de laiton autour de leur cou afin, suivant la légende, de les protéger des attaques de tigres.
Au fil des ans et de leur croissance, leurs aînés ajoutent des anneaux, ce qui a pour conséquence d’augmenter la hauteur de leur cou et de les obliger à supporter un poids important pouvant aller jusqu’à 5 kg.
Sincèrement, même si de prime abord cette coutume peut apparaître comme quelque peu inhumaine, misogyne ou d’un autre temps, nous n’avons vu que des grands sourires de la part des jeunes filles ou des femmes plus mûres portant cet apparent fardeau.
Même si les polémiques sont allées bon train au sein de notre groupe par la suite, nous sommes tous tombés d’accord sur le fait que ces coutumes, traditions, ne nous appartiennent pas et qu’en aucun cas nous ne sommes en mesure de juger. 

Temple Wat Tham Pla

Nous reprenons la route, sinueuse à souhait, pour nous rendre au temple dédié aux singes, singes qui d’ailleurs peuplent en toute quiétude l’ensemble du site.
Bien évidemment les grands enfants que nous voulons rester s’en donnent à cœur joie avec ces primates espiègles et, comme pour les éléphants, nous nourrissons à foison petits et grands avec un Yaya en grande forme, sans doute content de se retrouver “en famille”… Mais non on t’aime ! 

À quelques encablures, nous arrivons au fameux Triangle d’or, frontière entre la Thaïlande, le Myanmar (la Birmanie quoi, faut suivre !) et le Laos, où nous nous rendons furtivement via une embarcation locale qui navigue sur le fameux Mékong.
La visite sera brève car, sans visa, impossible de séjourner plus de 24 heures dans ce pays accueillant, nous satisferons donc nos envies d’emplettes et de ravitaillement en bières locales d’excellente qualité.
Juste avant nous avons parfait nos connaissances acquises qui grâce au fameux “Guide du Routard” qui du “Lonely Planet” (Merci Coco), en visitant le Musée de l’opium et son magasin attenant. Là encore, les cartes bleues ont fumé grave… 

Jour 3, Golden Triangle / Nan, 344 km 

“P’tain”, les collectionneurs d’excursion motorisée mémorable vont être servis puisque dans notre parcours du jour, plus de 120 km se déroulent sur la route de montagne n°1148, classée parmi les dix plus belles du monde.
Nous nous enivrons donc de virages à gogo, de prises d’angle contrôlées à vive allure mais aussi de traversées de villages typiques à vitesse de sénateurs afin de respecter les habitants. Nous avons décidé, sans vraiment nous concerter d’ailleurs, de suivre notre bô gosse Jean-Mi qui ouvre la route comme nous aimons et d’occulter notre guide Noah qui préfère s’encanailler plus en avant avec quelques motards allemands obsédés de la poignée dans le coin. Ces barjos ont même occasionné la chute d’un des leurs.
Arrivés à Nan, Cyril engage une discussion quelque peu musclée avec notre pseudo leader qui cédera d’ailleurs sa place à Haï pour la suite du périple, guide beaucoup plus à l’écoute de nos attentes.

Jour 4, Nan, 50 à 80 bornes à la "Joe Bar"

Journée libre. Bon, comme vous connaissez la bande du Carpe Diem, vous vous doutez bien que Dom 3 Pats, Jef la poignée et notre Bô gosse n’ont pu résister à un VRAI tirage de bourre avec Noah et les germains, manière de leur montrer que l’on sait aussi tenir un guidon en Bourgogne, en dehors des zones habitées s’entend.
D’ailleurs il faut souligner qu’après cette débauche de testostérone et la dextérité exprimée par nos frangins dans les virolons alentours, un certain respect s’installera naturellement entre les deux groupes. Comme quoi… L’humain se contente de bien peu de choses pour affirmer sa pseudo-supériorité sur l’autre mais je m’égare… Un petit message à passer sans doute mais on en reparle dans la rubrique “coup de gueule”.

À noter la séquence émotion du jour avec un apéritif dédié à Nad qui fête son anniversaire et un pot offert par notre Yaya national en la mémoire de notre regretté Marco qui devait faire partie du voyage. 

 Jour 5, Nan / Sukhothaï, 345 km

Départ pour le barrage de Sirikit Dam, le plus important de Thaïlande. Après une bonne centaine de bornes au milieu de forêts de montagnes luxuriantes avec des haltes revigorantes grâce aux sourires des habitants et à leur sens de l’hospitalité, nous découvrons ce lieu.
La fatigue commence à se faire sentir malgré la journée de transition, peut-être à cause de la température qui a considérablement augmenté depuis Chiang Maï et d’un taux d’humidité conséquent.
En chemin nous effectuons un rien de tout terrain pour nous permettre d’accéder à un ferry en bois sur lequel nous garons autant que faire se peut nos motos et nous laissons remorquer par une barcasse antédiluvienne mais à l’efficacité garantie.
La traversée des rizières est, elle aussi, mémorable, tout comme la visite du parc historique de Sukhothaï

Parc de Sukhothaï 

Classé SVP, au patrimoine mondial de l’humanité de l’Unesco depuis 1991. Nous découvrons les vestiges de la culture Kmer, des effigies de Bouddha au faciès différents et le coucher de soleil qui nous accompagne jusqu’à notre hôtel est tout simplement sublime. 

 Jour 6, Sukhothaï / Chiang Maï, 286 km

Grosse journée de roulage sur des routes sinueuses au revêtement très, mais alors très inégal. Cela qui nous oblige à redoubler de prudence même si après 5 jours nous avons acquis une certaine expérience de la conduite à gauche et des “coutumes locales” en matière de code de la route… 

 Temple du Bouddha couché

Lieu incontournable du nord de la Thaïlande. Jean-Mi cède même à la tentation de l’achat d’un chapelet bouddhiste, la spiritualité de l’endroit et du pays en général nous a, peu ou prou, envahis et la sérénité est au rendez-vous.

Heureusement d’ailleurs car nous retournons dans la circulation stressante de la périphérie de Chiang Maï et mon expérience de l’altiplano argentin et la conduite sur piste au Sénégal ou Himalaya vont certainement me sauver d’une grave collision à 110 km/h avec un camion citerne qui coupe l’intégralité de la chaussée. Je sors sur le terre-plein central, la môme Ado hurle mais reste en selle, les pneus semi-crantés adhèrent et je remets du gaz pour accrocher à nouveau le bitume, ce n’était pas notre heure…
Quelques bornes plus loin c’est Dom 3 Pats qui tombe en rade de batterie et notre compère François est aux anges, il va pouvoir faire œuvre de ses talents de mécano !

Bref, on repart pour Chiang Maï où nous attend le fameux marché de nuit et ses camelots, ses combats de Kick boxing ou Muai Thaï,  ses bières Chang, Léo ou Shinga…

Après ce baroud moto en Thaïlande du Nord, l’aventure continue en terre du sud. Ce sera d’autres histoires, d’autres péripéties, d’autres moments de partage et d’émotions mais en pédibus ou avec d’autres moyens de locomotion que nos chères bécanes… Un autre monde.

 

Sacoche réservoir.
Préparation du voyage… et budget !
Cyril avait à sa charge la recherche d’un tour operator local pour le baroud moto et la gestion des transports et du gîte et du couvert pour la seconde semaine en Thaïlande du Sud ; de mon côté j’ai géré toute la partie logistique depuis la France.
Dès le mois d’août (car les tarifs s’envolent rapidement pour les périodes des fêtes de fin d’année) j’ai retenu les places d’avion sur la compagnie China Eastern qui s’est avérée d’un excellent rapport qualité/prix : 983 € par personne avec une assurance béton (annulation, hospitalisation sur place, rapatriement…).
Bien évidemment, pour ce tarif nous avons dû subir, mais toujours avec la banane car on sait profiter de tout, un transit de 9 h à Kunmin en Chine à l’allée et de 2 h à Shangaï au retour.
Pour le baroud moto, le budget était tributaire du cours du baht, assez fluctuant parfois car en rapport direct avec la situation économique voire politique du pays. Comme c’était assez calme de ce côté-là, nous nous en sommes tirés pour une somme avoisinant les 1 500 € pour un pilote et un peu moins de la moitié pour les passagères mais en pension complète et dans des hôtels de grande qualité.
Côté restauration, c’était le deal avec Cyril, nous avons toujours mangé dans des endroits typiques avec une clientèle thaï et fuit les “usines à touristes” afin de rester au plus près de la réalité du pays.
À prévoir dans sa valise :
• La bombe anti-moustiques pour éviter les boursouflures à l’heure de
l’apéro…
• Une petite laine pour les soirées un rien humides au bord du Mekong
• L’équipement basique de tout motard qui parcourt le monde avec les protections qui vont avec… Ah, le charme de la circulation asiatique, une vraie fourmilière donc on fait gaffe, sans parano !
• Imodium, Ultra levure, Gaviscon, Paracétamol… Pour éviter les gastros malvenues, les lendemains parfois douloureux de dégustations de bières locales…
• Pour tout le reste, le Guide du Routard ou le Lonely Planet… Ou un “Cyril à louer” pour la semaine… Indispensable pour la culture.
Notre tour operator :
Big Bike Tours Thailand
167 m.6 Sampranet Sansaï
50120 Chiang Maï
Thaïlande
Tél : + 66 (0) 801 272 595

 

Tour operator et... coup de gueule !
Comme lors de notre séjour en Himalaya, il a fallu nous coltiner une promiscuité pour le moins stressante avec ce que nous pouvons de moins en moins supporter : les “gros cons de tarmos colonisateurs”. Ceux-là même qui se croient tout permis en terre étrangère, manquant de respect au personnel bienveillant, marchandant jusqu’à plus soif avec les réfugiés birmans venus vendre leurs productions artisanales pour nourrir leur famille…
Ces pseudos motards qui traversent les villages, bourgades peuplées d’enfants sans jamais ralentir, sans saluer ces mômes aux sourires enjôleurs et qui ne demandent qu’un signe de sympathie, de reconnaissance.
Bref, c’est le bémol de ce séjour et le seul reproche à formuler au tour operator sélectionné (avec une maintenance des bécanes un rien aléatoire), nous avons dû partager certains trajets, hôtels et restaurants avec des fondus de la poignée dans le coin, de bourrins avides de sensations fortes et aucunement intéressé par les notions de culture, de rencontres, d’humain quoi  ! Au grand dam de Cyril, notre pote coach du périple.
Bien sur parmi le groupe en question, il y avait des nanas et mecs bien, on a quand même partagé avec eux, fidèle à notre esprit de la genèse, beaucoup de moments sympas et refait le monde une bonne bière à la main.
On n’a pas l’intention de donner de leçons à qui que ce soit mais le microcosme motard souvent décrié par les observateurs basiques gagnerait à faire le ménage où du moins à évincer fermement les extrémistes de tous bords surtout à une époque où le monde va si mal.

Un superbe voyage à moto, à retrouver dans le numéro 101 du JDM, que vous pouvez acheter sur la boutique en ligne. 

   signature cendrillon

 

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