La route de la soie à moto : 18000 km !  Objectif Pékin

Par Armando Cairoli

Avec mes amis Domenico et Guido, nous avons fait face au plus long voyage jamais entrepris avec nos motos, une Africa Twin RD07 de 1995 et deux Honda Transalp : une 600V verte de 1995 pour moi, une 600V grise de 1998. Nous avons quitté le village de Borgo San Giacomo, près de Brescia, à 1 h de Milan, le 1er juillet à destination d’Ancône, où nous avons embarqué pour le port d’Igoumenitsa, en Grèce. Ensuite, seul du macadam et des pistes ; nous sommes passés par la Turquie, l'Iran, le Turkménistan, l'Ouzbékistan, le Tadjikistan, le Pamir, le Kirghizistan, pour finalement, fin juillet, entrer en Chine ; encore environ 8000 km pour atteindre notre objectif : Pékin. Avec, entre autres, une halte excitante au camp de base de l’Everest. Ce récit raconte la progression du voyage de 17 875 km, tel notre fil d'Ariane, déroulé kilomètre après kilomètre. De Brescia à Pékin.

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La différence entre un rêve et un objectif, c’est une date...

Le rêve : parcourir le monde à moto
L’objectif : tout est dit dans le titre
La date : 1er juillet 2016

Après la préparation, l’émotion ! 

Au moment du départ, le nœud à la gorge est vraiment serré... Il ne l’était autant, il y a dix ans, lors de mon dernier voyage. Même lieu, Terminal A de l'aéroport de Bruxelles (ma ville de résidence), même destination, Milan. Mais des conditions différentes.
Cette fois c’est plus dur. Parce que, après un an et demi de discussions, de préparation, d’estimations, la planification, c’est soudain l'émotion, celle qui te coupe le souffle, qui t’empêche de répondre à ton ami au téléphone qui dit : "Bon vent, amusez-vous, faites attention... ","Ah ! Comme je vous envie "... Et tu es là, avec les yeux gonflés de larmes, incapable de répondre, juste la force de chuchoter un "Merci... Je vous écrirai...".
C’est l’émotion de voir les larmes de mes enfants qui me saluent en silence, leur souffrance de la décision que j’ai prise un an et demi plus tôt. Je pars pour la Chine. À moto. Pendant deux mois. Au revoir les enfants, souriez, car c’est dans vos yeux que je vais trouver la force pour mener ce projet à terme. Pour être en mesure de vous raconter, de vous transmettre ce désir irrépressible de tendre la main aux gens, aux quatre coins de la planète.

Le saviez-vous ?
La route de la soie (plus exactement les routes de la soie car c’est un faisceau de routes) relie l’Europe à l’Asie ; allant de la Méditerranée jusqu’à la Chine en traversant l’Asie centrale. Elle s’est ouverte sous la dynastie chinoise des Han au IIe siècle avant notre ère, sa fréquentation s’interrompt avec l’arrivée du chemin de fer. Traversée par des caravanes de marchandises, elle servait au transport de la soie, produit phare qui lui donna son nom, mais aussi des épices, parfums, remèdes, fourrures, arbres fruitiers...
La nouvelle route de la soie est un projet dans lequel sont engagés l'Europe, la Chine et les pays d'Asie centrale, qui souhaitent construire un nouvel axe commercial majeur, sous le nom de OBOR : “One Belt, One Road” (“une ceinture, une route”). Plusieurs tronçons ont déjà été transformés en autoroute. Tout comme la mythique route ancestrale, elle comportera plusieurs itinéraires. Le train en sera le moyen de transport phare. D’ailleurs le premier train de marchandises reliant la Chine à la France est arrivé en gare de Lyon le 21 avril 2016, après 11300 km et 15 jours de voyage. Toute une nouvelle histoire reste à écrire !

Une pause sur le Bosphore

C’est un détroit long de 32 km qui relie la mer Noire à la mer de Marmara, Istanbul étant coupée en deux par ce détroit. Trois ponts suspendus permettent de le traverser : le pont du Bosphore construit en 1973 ; le pont Fatih Sultan Mehmet construit en 1988 ; et enfin le pont Yavuz Sultan Selim qui a été inauguré le 26 août 2016.

La première étape, la plus longue en nombre de kilomètres, est passée. Après le trajet de Borgo San Giacomo à Ancône (Italie), la traversée vers le port grec d'Igoumenitsa, à 6 h du matin nous sommes sur la route, direction la frontière avec la Turquie. Première petite galère : je me trouve en panne sèche entre deux ravitaillements (probable défaut de la membrane du robinet de la réserve d’essence), c’est rapidement résolu par mon co-équipier Domenico à qui on siphonne quelques litres. Première pluie, après tout rafraîchissante, nous arrivons à la frontière de l' Union européenne. Peu de file mais une progression lente, nous perdons une heure sous un soleil qui tape.

TURQUIE

Nous filons sur une route propre et rapide, direction Istanbul. Arrivés au centre-ville en fin d’après-midi, nous avons encore de la route à parcourir et du trafic pour entrer dans le quartier de Sultanahmet, avec ses rues étroites et sinueuses. Enfin à l'hôtel, une bonne douche et un dîner dans un petit restaurant avec un excellent plat de kebabs.
Le lendemain, un peu de tourisme. La Mosquée Bleue, ou mosquée Sultanahmet (ordonnée par le sultan Ahmet 1er), la seule mosquée au monde à posséder autant de minarets (six) après celle de La Mecque (qui en compte sept). En traversant une esplanade nous voilà face à la basilique Sainte-Sophie. Puis c’est la Citerne Basilique : cet aménagement souterrain (historiquement pour recueillir les eaux de pluie) compte 12 rangées de 28 colonnes en marbre de 8 m de haut, c’est impressionnant. Petite anecdote pour les fans de James Bond : elle a servi au tournage de Bons Baisers de Russie...
Ensuite le palais de Topkapi, résidence des sultans de la dynastie ottomane jusqu’en 1853. Il devient un musée lors de la fin de l’Empire ottoman en 1921, géré par le ministère de la culture et du tourisme. L'après-midi, promenade au pont de Galata, célèbre pour enjamber l’estuaire de la Corne d’or.

 Cappadoce enchantée

Nous sommes dans la région historique de Cappadoce, inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco. Journée tranquille à Göreme, promenade à travers les “cheminées de fées”, pinacles d'origine volcanique qui abritaient dans le temps les populations ermites. L’incontournable tour en montgolfière à l'aube a été annulé à cause du vent, dommage !
Le lendemain, direction le sanctuaire du Nemrut Dagi. Nous sommes très surpris de l'absence dramatique et presque totale de touristes. Seuls quelques Turcs et Asiatiques. Les Européens ne font plus de déplacement dans cette splendide région suite aux événements de ces dernières années. Après 540 km à travers le Kurdistan turc, nous sommes sous le sanctuaire de Nemrut Dagi, protégé par l'Unesco. 

La prochaine étape nous conduit à Ercis, sur le lac de Van. Les gens que nous rencontrons lors de nos voyages aux distributeurs sont très gentils et accueillants. Il y a aussi ceux qui nous offrent des abricots ; nous sommes dans la vallée de Malatya, le plus grand producteur mondial d'abricots séchés.
L'air du lac refroidit la seconde moitié de l'après-midi, nous trouvons un hébergement pour la nuit et demain nous serons confrontés à la dernière partie qui nous mènera aux cascades de Muradiye et au palais d’Ishak Pacha, puis à la frontière avec l'Iran. 

IRAN

Sur le chemin de Téhéran

L'étape de Téhéran est épuisante... 650 km, avec la finale sur la rocade pour entrer dans la ville, avec le trafic folklorique des voitures qui rivalisent d’imagination pour occuper la seule place qui reste entre deux voies... En rendant la vie difficile aux piétons qui tentent de traverser, aux scooters fous, aux vieux camions qui crachent des nuages de poudre de gasoil... et une température de 43° à 17 h !

À mi-chemin nous nous arrêtons à Soltaniyeh pour visiter l'imposant mausolée Oldjaïtou, dont le dôme, fini en 1312, est le plus ancien à double dôme du monde.
Le lendemain nous quittons Téhéran tôt le matin afin d’éviter le trafic infernal, direction le sud de la mer Caspienne, à Gorgan. Après-midi libre, on en profite pour se reposer et faire un peu de lessive, la route est encore longue, mais nous en avons fini avec les longues étapes de plus de 500 km... La suite se fait au travers de routes de montagne, à plus de 2000 m, quelques villes et vallées vertes. Demain nous nous rapprocherons de la frontière avec le Turkménistan que nous franchirons mardi matin. Nous avons fait plus de 5000 km en 11 jours. 

TURKMÉNISTAN 

Nous sommes enfin au Turkménistan ! 

Ce matin, nous traversons la frontière entre l'Iran et le Turkménistan le long d'une belle route à 1800 m d’altitude, sans presque jamais rencontrer de voitures. 185 km de tournants, montées et descentes, entre champs de blé et montagnes stériles, parsemées ici et là de quelques buissons. 

Nous sommes arrivés à 9 h 30 à la douane, prêts à faire face à 5 heures de formalités. Les Iraniens, toujours aimables et accueillants, nous ont libérés en une demi-heure. Les Turkmènes ont, eux, quelques formalités en plus...
Une première vérification des passeports (avec frais à la clef), le passage au bureau pour payer l'importation temporaire et l’assurance de la moto, la taxe d’émission sur le parcours défini (malheur à celui qui change d'itinéraire, sous peine d'une amende de 1000 $), ensuite passage chez le vétérinaire afin de payer 5 $ pour le timbre (je ne comprends pas pourquoi je dois aller chez le vétérinaire, mais j'obéis), passage par la case “banque”, un placard derrière le bureau du vétérinaire, pour payer les frais de la moto, ensuite le bureau "Enregistrement moto ", le tout se terminant par la Douane pour l'inspection finale du passeport et des bagages. Pas de chance, entre-temps l’heure du déjeuner a sonné... “Veuillez patienter s'il vous plaît”... 40 minutes. Qu’à cela ne tienne, petite sieste au soleil et deux biscuits avec un morceau de parmesan... L'agent des douanes revenu, nous complétons les formalités et pouvons enfin quitter les lieux. Nous y avons passé environ 3 heures. Heureusement, nous étions les seuls touristes ! 

Nous arrivons à Achgabat après 35 minutes. S’ouvre à nous une ville monumentale, de style “moderne-kitsch”, parsemée de tours et bâtiments, tous en marbre lourd et blanc. Des boulevards déserts à huit voies, la température qui frôle les 43°...
Nous nous arrêtons à l'ambassade d'Italie, où l'Ambassadeur et le Consul nous accueillent chaleureusement pour une agréable conversation et un café. Ils nous réservent l'hôtel et nous pouvons enfin prendre une bonne douche rafraîchissante.
Demain, après avoir visité la ville, nous prendrons la route vers le cratère appelé “Porte de l’Enfer” : 260 km d'asphalte au milieu du désert aride. 

La Porte de l’Enfer 

N’étant pas en mesure d'atteindre le cratère avec nos motos, trop lourdes et avec des réservoirs de carburant de réserve sur les côtés qui empêchent la manœuvrabilité sur la piste de sable mou, nous décidons de rester sur la route, et de prendre nos quartiers pour la nuit dans un “resto-route” local. Notre hôte se chargera de nous amener voir ce brasero géant, vraiment spectaculaire. 

Le lendemain nous parcourons 360 km, difficiles et épuisants, de route accidentée dans le désert. Un moment de distraction et vous êtes susceptibles de prendre un énorme nid de poule (que dis-je, de dinde !), avec le risque d’endommager les pneus. Trois heures de contrôles à la frontière avec l’Ouzbékistan, et nous arrivons à Khiva... 

OUZBÉKISTAN  

Khiva 

C’est une très belle ville protégée par l'Unesco, entourée par des murs épais en briques de boue. Les minarets et les portes monumentales couvertes de mosaïques bleues sont la marque de ce beau village dans le nord du pays.
Le lendemain, nous continuons la route pour voir un autre joyau ouzbek : Boukhara. 

Boukhara 

Elle fut pendant des siècles l'une des villes les plus importantes de la Transoxiane (ancien nom d’une partie de l’Asie centrale) islamique, située à l'est de Khorasan. Au cours de l'invasion mongole, elle fut détruite par Gengis Khan, puis est tombée sous l'influence des Tamerlans. Elle vit ensuite son économie croître considérablement étant au centre des routes commerciales qui firent les beaux jours de la route de la soie. La ville est devenue aussi un important centre religieux de l'Asie. Autre caractéristique incontournable de Boukhara : l’artisanat. Des caravanes de marchands vendent encore aujourd’hui leurs produits sous les anciens dômes de commerce : poteries colorées, tissus, marqueterie, bijoux... 

Samarkand, carrefour des cultures 

Située au centre des principales routes commerciales asiatiques, au cours de sa longue histoire d’environ 2700 ans, elle fait partie de l'Empire perse, a été ensuite sous l'influence arabe, le Timurid, ouzbek et, dans des temps plus modernes, a été d'abord sous l'Empire russe puis une partie de l'Union soviétique jusqu'en 1991.
Nous avons visité le Registan, un impressionnant chef-d'œuvre de l'architecture islamique datant du XVe siècle ainsi que le site Shah-je-Zinda, une “avenue des mausolées” spectaculaire ornée de quelques-unes des plus belles œuvres du monde musulman.
Dans l’après-midi, pause à l'ombre du patio de notre sympathique B&B. 

Demain nous nous dirigerons vers Douchanbé, au Tadjikistan. Pour les neuf prochains jours, nous irons jusqu'à la frontière chinoise, où nous sommes attendus le 27 juillet. Mais avant cela il nous faut traverser la belle région du Pamir où, avec ses 4600 m d’altitude, nous seront certainement plus au frais...

Photos de la première partie

  • 01 - Itinéraire de nos 3 baroudeurs à moto, de Brescia à Pékin !01 - Itinéraire de nos 3 baroudeurs à moto, de Brescia à Pékin !
  • 02 - Trajet de 18000 km sur la route de la soie à moto.02 - Trajet de 18000 km sur la route de la soie à moto.
  • 03 - Borgo San Giacomo mairie de lonato, 3 motards au départ d'une grande aventure03 - Borgo San Giacomo mairie de lonato, 3 motards au départ d'une grande aventure
  • 04 - Turquie, Istanbul, la - Mosquée Bleue. Construite entre 1609 et 1616 elle tient son surnom des 21000 carreaux de faïence à dominante bleue qui décorent l'intérieur.04 - Turquie, Istanbul, la - Mosquée Bleue. Construite entre 1609 et 1616 elle tient son surnom des 21000 carreaux de faïence à dominante bleue qui décorent l'intérieur.
  • 05 - En Turquie sur les étals des marchés, les fruits secs font partie de la réputation du pays.05 - En Turquie sur les étals des marchés, les fruits secs font partie de la réputation du pays.
  • 06 - Le palais de Topkapi à Istanbul construit au XVe siècle domine les bords de la mer de Marmara.06 - Le palais de Topkapi à Istanbul construit au XVe siècle domine les bords de la mer de Marmara.
  • 07 - Turquie, le village de Göreme est en plein coeur des cheminées de fées ! 07 - Turquie, le village de Göreme est en plein coeur des cheminées de fées !
  • 08 - Turquie, le sanctuaire du Nemrut Dagi découvert en 1881 est composé de statues de têtes géantes.08 - Turquie, le sanctuaire du Nemrut Dagi découvert en 1881 est composé de statues de têtes géantes.
  • 09 - Turquie, nos trois baroudeurs profitent du ravitaillement pour une brève discussion autour d'un verre de çay le thé local.09 - Turquie, nos trois baroudeurs profitent du ravitaillement pour une brève discussion autour d'un verre de çay le thé local.
  • 10 - Iran, Soltanieh. Le mausolée Oldjaïtou dans la province de Zanjan est aujourd'hui en partie en ruine.10 - Iran, Soltanieh. Le mausolée Oldjaïtou dans la province de Zanjan est aujourd'hui en partie en ruine.
  • 11 - Turkménistan, Ashgabat. Petit arrêt à l' ambassade d'Italie pour remercier l'Ambassadeur et le Consul pour leur coup de main pour obtenir le visa turkmène.11 - Turkménistan, Ashgabat. Petit arrêt à l' ambassade d'Italie pour remercier l'Ambassadeur et le Consul pour leur coup de main pour obtenir le visa turkmène.
  • 12 - Turkménistan, en plein désert.12 - Turkménistan, en plein désert.
  • 13 - Turkménistan, la porte de l'enfer. Ce cratère d'environ 70 m de diamètre fut créé par accident par les Russes lors du forage d'un puits de gaz.13 - Turkménistan, la porte de l'enfer. Ce cratère d'environ 70 m de diamètre fut créé par accident par les Russes lors du forage d'un puits de gaz.
  • 14 - Ouzbékistan, les tissus de Boukhara sont célèbres, notamment les tapis aux motifs multicolores faits de teintes naturelles comme la grenade pour le rouge. 14 - Ouzbékistan, les tissus de Boukhara sont célèbres, notamment les tapis aux motifs multicolores faits de teintes naturelles comme la grenade pour le rouge.
  • 15 - Ouzbékistan, Khiva. Cette ancienne ville fortifiée est marquée par une architecture traditionnelle en terre crue15 - Ouzbékistan, Khiva. Cette ancienne ville fortifiée est marquée par une architecture traditionnelle en terre crue
  • 16 - Ouzbékistan, Samarqand carrefour des cultures du monde entier.16 - Ouzbékistan, Samarqand carrefour des cultures du monde entier.
  • 17 - Notre trio de motards en route pour la Chine !17 - Notre trio de motards en route pour la Chine !

TADJIKISTAN ET KIRGHIZSTAN 

Pendant plusieurs jours, nous avons traversé le Pamir, région très éloignée, avec plusieurs villages complètement coupés du monde. Nous avons séjourné dans des “House to Stay”, chez l’habitant en somme. Pour quelques dollars, ils vous mettent à disposition leur maison, souvent très coquette et ornée de tapis aux murs, ainsi qu’un repas copieux et le petit déjeuner.
Après le Pamir et son col à 4600 m, nous sommes passés au Kirghizstan, à Sari-Tash, habité seulement par des pâturages et des troupeaux, à 3200 m. Ici aussi, nous avons été dans une petite maison utilisée comme auberge au cours de la saison estivale. Nous y avons croisé de nombreux cyclistes de toutes origines européennes, venus traverser le Pamir. Nous avons dû y passer une journée et demie, en attendant le 27 juillet pour entrer en Chine. 

Le Pamir, massif de haute montagne, situé à l'est du Tadjikistan, se prolonge en Afghanistan, République populaire de Chine et au Kirghizistan. Il est placé sur un itinéraire secondaire de la route de la soie. Au XIIIe siècle, Marco Polo est le premier Européen à traverser cette région, l’une des plus isolées au monde. 

Le saviez-vous ?
Le Pamir, massif de haute montagne, situé à l'est du Tadjikistan, se prolonge en Afghanistan, République populaire de Chine et au Kirghizistan. Il est placé sur un itinéraire secondaire de la route de la soie. Au XIIIe siècle, Marco Polo est le premier Européen à traverser cette région, l’une des plus isolées au monde.

ENFIN, LA CHINE ! 

Aujourd'hui, nous sommes enfin en Chine, à mi-chemin. Nous avons parcouru 8850 km depuis le début. Le lendemain, direction Kashgar pour enregistrer les motos et convertir notre permis de conduire en permis chinois... On ne plaisante pas avec la bureaucratie ! Nous quittons cette grande ville et ses milliers de scooters électriques et silencieux qui ont remplacé les vélos, pour parcourir 260 km dans la direction de Yecheng. 

Xinyang et le Tibet 

Nous arrivons à Yecheng pour le déjeuner, le long d'une route de sable résolument soporifique. Nous avons dû passer l'après-midi à l'hôtel en attendant l'autorisation de la police pour continuer vers la frontière avec le Tibet. Le problème réside dans les horaires. Nous sommes dans l'extrême ouest de la Chine, mais tous les bureaux du gouvernement, des transports et hôtels travaillent avec l’heure de Pékin, à savoir l'heure locale + 2 heures. Résultat : une grande confusion et des malentendus. Le guide nous donne rendez-vous à 7 h 30 heures pour le départ, soit 5 h 30 heure locale. Nous avons environ 500 km à parcourir avec une première étape à 5300 m, la moyenne ne sera pas rapide et il n'y a pas beaucoup de villages où s'arrêter. Nous avons fait provision de fruits, de biscuits et d’eau, on nous a recommandé de bien boire et manger afin d’éviter les maux de tête à haute altitude, nous allons rester pendant dix jours à plus de 4000 m. 

Après avoir parcouru 360 km, nous sommes arrêtés à un barrage de police, pas moyen d’aller jusqu'à notre destination, à 130 km d'ici. La raison en est que “pour votre sécurité il est mieux de rester ici jusqu'à demain matin" sous contrôle en somme...
Le lendemain, nous avons droit à un deuxième réveil à l'aube pour parcourir 130 km de plus que prévu. Mais nous allons entrer au Tibet, et les contrôles s'intensifieront d’avantage. Ça promet... 

Pour l'heure nous allons nous concentrer sur les trois cols de montagne qui nous attendent, à 3200, 4969 et 4090 m. Nous sommes à la fin du mois et avons atteint deux objectifs symboliques : franchir un col à plus de 5000 m au-dessus du niveau de la mer, et parcouru 10000 km depuis le 1er juillet.
Très longue journée, 12 h 30 d’élan sans relâche, commencée avec l'ouverture de la barrière militaire à 8 h 45 au lieu de 8 h, et a continué avec le franchissement de 6 cols, dont 3 à plus de 5 000 m (5 380 au plus haut), avec un orage de grêle à 5000 m et la moto qui ne dépasse pas 40 km/h à 3000 tours... Autant dire que nous arrivons très éprouvés à l'hôtel, dîner rapide car il était déjà tard, et ensuite au lit.

Le lendemain, nous continuons avec 3 autres cols au-delà de 5000 et les motos ne sont pas rapides à cette altitude. La journée est toutefois bien terminée avec l'arrivée au lac Pangong, avec le soleil.
Après 385 km nous arrivons dans la belle Earth Forest de Zhada, une immense réserve naturelle de différentes formations géologiques, qui s’est formée durant des millions d'années. Demain nous parcourrons plus d'une centaine de kilomètres en sens inverse pour reprendre la route principale et se diriger vers Lhassa.

Le royaume de Gugé 

Ce matin, nous visitons et grimpons, non sans un grand effort, ce site magnifique. À partir du Xe siècle et jusqu’au début du XVIIe, Gugé était un puissant royaume au Tibet occidental. Avec sa civilisation, le royaume a joué un rôle important dans l'histoire du Tibet dans la promotion du bouddhisme et de la résistance à l'envahisseur, en particulier du royaume de Laddakh avec lequel il a été impliqué dans une guerre fatale en 1630. À ces altitudes il y a un manque important de végétation, raison pour laquelle les Tibétains plantent beaucoup d’arbres, dans le but d'arrêter la fuite de sable d'une part, et d’autre part d'apporter un complément d’oxygène. 

Le mont Qomolangma 

Nous avons couvert 540 km de Ngari à Saga, sur le magnifique plateau tibétain entre 4200 m et 5000 m. Il fait froid, c’est un jour pluvieux, avec quelques moments de répit. En fin d'après-midi, nous sommes face à une chaîne de montagnes enneigées.
Nos motos ont été allégées de quelques sacs depuis que nous sommes entrés en Chine, car nous sommes escortés par une mini-fourgonnette. Cela nous permet également une conduite moins fatigante, surtout à cette altitude.
4 août. Nous l'avons fait ! Nous avons couvert 350 km dont 115 de piste, la seconde moitié plus fatigante avec de nombreux gués et des chemins rocailleux ; la pluie ne nous a pas épargnés non plus, mais enfin, comme par magie, nous avons été récompensés. Arrivés au camp de base, les nuages qui ont enveloppé toute la journée la belle et géante Dama, comme on l’appelle ici, le “mont Qomolangma” en tibétain, ont disparu, laissant place à la majesté du mont Everest. Et à notre émotion. Ce soir, en plus de thé, nous dégusterons une bonne bière locale bien méritée ! 

Le palais du Potala 

L'arrêt à Lhassa nous permet de récupérer un peu, et surtout de visiter le majestueux palais du Potala, la résidence du Dalaï-Lama, symbole du bouddhisme tibétain. Le palais blanc compte près de 700 peintures murales, mais aussi des sculptures, tapis, objets d’art, documents historiques... Le palais rouge renferme quant à lui les reliques des anciens Dalaï-Lama.
Dommage pour la pluie. Nous enfourchons nos motos pour entamer les derniers 5000 km. Aujourd'hui, nous continuons notre voyage qui nous mènera dans les prochains jours à l'est, puis au sud du Tibet, puis sortir et arriver dans le Yunnan. 

Le Yunnan

Nous sommes depuis deux jours dans cette région au sud-est du Tibet, à une altitude bien plus faible et avec plus de températures estivales. Après une nuit à Deqin, aux abords de la montagne sacrée Meili, nous sommes à Shangri-La, où le guide tibétain nous accueille. Nous passons par le parc national Baishuitai, 150 km de vallées très vertes et de tournants, énormément de tournants, pour arriver enfin à la Tiger Leaping Gorge. À une profondeur maximale d'environ 3790 m de la rivière au sommet de la montagne, Tiger Leaping Gorge est l'un des plus profonds canyons avec rivière et parmi les plus spectaculaires au monde. Les habitants de la gorge sont principalement le peuple Naxi, qui vit dans une poignée de petits villages. Leur subsistance primaire provient de la production céréalière et les randonneurs, étrangers aussi bien que Chinois.
Nous passons ensuite par la ville de Lijiang, classée au patrimoine mondial de l'Unesco. L'histoire, l'architecture et la culture de Lijiang diffèrent grandement de ceux des autres villes chinoises, principalement en raison de la présence du peuple Naxi. Ce groupe ethnique, parlant une langue de la famille tibéto-birmane a conservé l'intégrité de sa propre culture.
Nous faisons ensuite halte à Chengdu (10 millions d’habitants) pour visiter le Centre de recherche et d'élevage du panda géant, le plus grand en Chine. Ici, sont élevés les pandas et on étudie leurs caractéristiques pour préserver l'espèce.

Xi'an et l'armée de terracotta 

Canicule et taux d'humidité extrême, nous arrivons dans une autre ville de province, qui compte “seulement” 6 millions d’habitants : Xi'an. Connue comme l'une des villes les plus importantes de l'histoire chinoise, Xi'an est dans la liste des quatre grandes anciennes capitales de la Chine, car elle était la capitale de pas moins de 13 dynasties, y compris le Zhou, Qin, Han et Tang. Xi'an est l'extrémité orientale de la route de la soie. La ville a plus de 3100 ans d'histoire.
Immanquable : l'armée de terre cuite, une collection de statues placées dans le mausolée du premier empereur Qin à Xi'an. Il s’agit d’une armée symbolique, destinée à servir le premier empereur chinois Qin Shi Huang (260 - 210 av. J.-C) dans l'au-delà. Pour établir cette armée, on estime à 700 000 le nombre de travailleurs, sur 38 années. 

L'ancienne Pingyao 

Les belles chutes d'eau de Hukou, nous les avons vues que sur les panneaux d'affichage... Les pluies récentes dans les montagnes ont fait craindre une élévation du niveau de l'eau et les autorités ont fermé l'accès au site juste avant notre arrivée à la billetterie.
Aujourd'hui, nous sommes à Pingyao, à 350 km plus au nord, près de Pékin. Elle a été fondée il y a 2800 ans, mais les principaux bâtiments datent de 600 ans, avec les murs de la ville, ses rues, les maisons, magasins et autres temples très bien préservés. Ils représentent la culture traditionnelle de la civilisation Han et constituent un musée historique de l'art architectural des dynasties Ming et Qing (1368 à 1911). 

Les grottes de Yungang 

Ces anciennes “grottes du temple bouddhiste” sont situées près de la ville de Datong, dans la province de Shanxi. Un des trois plus célèbres sites antiques de sculptures bouddhistes de Chine.
Les statues sont un exemple extraordinaire des sculptures en pierre des Ve et VIe siècles. Le site comprend 252 grottes et 51 000 statues, la plus grande d’environ 17 m, la plus petite mesure quelques centimètres seulement. Site classé au patrimoine mondial depuis 2001, ces œuvres sont considérées comme un chef-d'œuvre de l’art rupestre bouddhiste. Prochaine destination avant de quitter nos motos au port de Tianjin : la Grande Muraille !

La Grande Muraille !

Je ne réalise pas encore tout à fait ce que nous venons de faire... Depuis 53 jours, nous sommes à moto, nous avons voyagé presque 18 000 km, maintenant nous nous promenons tranquillement sur la Grande Muraille...
C’est le plus grand monument jamais construit par l’homme, mais malgré ce que l’on entend parfois dire, on ne peut pas le voir depuis la Lune...
Sa construction s’étale sur près de 2 millénaires, c’est tout simplement incroyable d’être là. 

Le saviez-vous ?
La Grande Muraille, cet immense ouvrage défensif militaire totalise plus de 20 000 km de long, il est composé de murs de 5 à 7 m de large, forteresses, cols et tours de guet. Commencée sous la dynastie des Qin, la Grande Muraille est laissée à l’abandon sous la dynastie des Hans, puis l’empereur Wudi reprend la construction pour développer la route de la soie. Au final, au cours de son histoire, la muraille de Chine servit d’avantage de route pour le transport des hommes et des marchandises que de fortification défensive. 

Demain matin nous parcourrons les derniers 215 km pour atteindre le port de Tianjin, où nous attend l'expéditeur avec les conteneurs, nous aurons alors que quelques jours à Pékin pour mettre fin à notre voyage. Nous pensons déjà à la façon de fixer nos bagages, des pièces de rechange, le retour à la maison. Cela va être si rapide, par rapport à la cadence que nous avons tenu ces 2 mois...

Pékin, nous voilà ! 

Nous avons terminé notre périple par une visite symbolique à l'Ambassade d'Italie à Pékin, où, à l'invitation de l'Ambassadeur Ettore Sequi (en voyage ce jour-là), nous avons été reçus par le Consul Massimo Gaudiano pour une conversation amicale.
Nous nous attendions à voir Pékin sous un nuage de pollution, mais c’est sous un ciel bleu que nous avons pu visiter le Palais d'été, le siège d'été du gouvernement de la dynastie des Qing. Les deux derniers jours ont été consacrés aux visites de la Place à Tian Anmen et la Cité Interdite.

ON L'A FAIT !

17 875km, à travers 8 pays en 47 jours effectifs de moto (388 km à la moyenne globale), environ 1 000 km de pistes et de chemins de montagne, et 9000 dans 8 provinces à travers la Chine. 16 cols au-dessus des 5000 m, 1 jour de pluie (cumul des différentes averses), 2 degrés la température la plus basse (Darchen au Tibet), 46 degrés la plus élevée (rocade de Téhéran, dans le trafic), 3000 litres d'essence et 5 litres d’huile au total pour 3 motos.
14 heures pour parcourir 960 km l’étape la plus longue, 12 heures pour 350 km la plus difficile. 

 

MERCI à tous ceux qui nous ont permis de faire ce beau voyage, qui ont contribué avec du matériel (GIVI – MTECH-Racing - Motoforniture Codenotti - Selles J-M BRIANT) et avec des compétences techniques des conseils utiles (Merci Gibi !). Merci surtout à nos familles qui ont pris soin des enfants et de tous les messages d'encouragement reçus via la page Facebook SILKROADMOTORAID2016 ! 

 signature cendrillon

Cette merveilleuse aventure d'Armando et de ses deux amis est parue sur deux numéros du Journal des Motards (n°103, n°104)


Photos de la deuxième partie

  • 18 - Traversée du Pamir à moto.18 - Traversée du Pamir à moto.
  • 19 - Le Pamir situé à l'est du Tadjikistan est l'une des régions les plus isolées au monde !19 - Le Pamir situé à l'est du Tadjikistan est l'une des régions les plus isolées au monde !
  • 20 - Le lac salé Pangong est à environ 4250 m d'altitude dans l'Himalaya, entre l'Inde et le Tibet.20 - Le lac salé Pangong est à environ 4250 m d'altitude dans l'Himalaya, entre l'Inde et le Tibet.
  • 21 - En Chine se trouve la Zhada Earth Forest National Geopark, une immense réserve naturelle de différentes formations géologiques.21 - En Chine se trouve la Zhada Earth Forest National Geopark, une immense réserve naturelle de différentes formations géologiques.
  • 22 - Gugé. Les ruines de la majestueuse forteresse se dressent sur les hauts plateaux du Tibet.22 - Gugé. Les ruines de la majestueuse forteresse se dressent sur les hauts plateaux du Tibet.
  • 23 - Vive le mont Qomolangma appelé en tibétain la belle et géante Dama. Pour nous c'est l'Everest !23 - Vive le mont Qomolangma appelé en tibétain la belle et géante Dama. Pour nous c'est l'Everest !
  • 24 - Au centre de la vallée de Lhassa s'élève le palais du  Potala. C'est le palais d'hiver du Dalaï-Lama depuis le VIIe siècle.24 - Au centre de la vallée de Lhassa s'élève le palais du Potala. C'est le palais d'hiver du Dalaï-Lama depuis le VIIe siècle.
  • 25 - Notre objectif est d'arriver à Pékin, mais la route n'est pas toujours praticable même pour des motos !25 - Notre objectif est d'arriver à Pékin, mais la route n'est pas toujours praticable même pour des motos !
  • 26 - Nous ne sommes pas seuls à attendre que la route soit dégagée !26 - Nous ne sommes pas seuls à attendre que la route soit dégagée !
  • 27 - On patiente, on patiente...27 - On patiente, on patiente...
  • 28 - Nous avons hâte de renfiler nos casques et de redémarrer nos motos, Pékin nous attend !28 - Nous avons hâte de renfiler nos casques et de redémarrer nos motos, Pékin nous attend !
  • 29 - Ma Honda Transalp dans tous ses états !29 - Ma Honda Transalp dans tous ses états !
  • 30 - Le Yunnan est la sixième plus grande province de Chine.30 - Le Yunnan est la sixième plus grande province de Chine.
  • 31 - Lors de notre halte à Chengdu, nous avons visité le Centre de recherche et d'élevage du panda géant, un organisme à but non lucratif.31 - Lors de notre halte à Chengdu, nous avons visité le Centre de recherche et d'élevage du panda géant, un organisme à but non lucratif.
  • 32 - Bébé panda en nursery au Centre de recherche de Chengdu32 - Bébé panda en nursery au Centre de recherche de Chengdu
  • 33 - Le Centre de recherche de Chendgu se consacre à l'étude et à la reproduction des pandas géants. Ce petit être est un panda géant en devenir !33 - Le Centre de recherche de Chendgu se consacre à l'étude et à la reproduction des pandas géants. Ce petit être est un panda géant en devenir !
  • 34 - Le panda géant est une espèce sauvage menacée d'extinction suite à la destruction de son habitat ! 34 - Le panda géant est une espèce sauvage menacée d'extinction suite à la destruction de son habitat !
  • 35 - Les bébé panda restent en nursery jusqu'à ce qu'ils soient assez grands pour aller dans un enclos plus grand.35 - Les bébé panda restent en nursery jusqu'à ce qu'ils soient assez grands pour aller dans un enclos plus grand.
  • 36 - Xi'an, l'armée de terre cuite mise au jour en 1974 a résisté à plus de 2000 ans passés sous la terre !36 - Xi'an, l'armée de terre cuite mise au jour en 1974 a résisté à plus de 2000 ans passés sous la terre !
  • 37 - Pingyao a été inscrite sur la Liste du patrimoine mondial comme la ville ancienne la mieux conservée en Chine.37 - Pingyao a été inscrite sur la Liste du patrimoine mondial comme la ville ancienne la mieux conservée en Chine.
  • 38 - La grotte de Yungang est un site classé au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 2001.38 - La grotte de Yungang est un site classé au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 2001.
  • 40 - Après 18 000 km et 53 jours de moto, nous voilà enfin sur la Grande Muraille !40 - Après 18 000 km et 53 jours de moto, nous voilà enfin sur la Grande Muraille !
  • 41 - Pékin nous voilà, encore 73 km !41 - Pékin nous voilà, encore 73 km !
  • 42 - Port de Tianjin, retour de nos motos au pays en conteneur maritime 42 - Port de Tianjin, retour de nos motos au pays en conteneur maritime
  • 43 - Le Palais d'été de Pékin. 43 - Le Palais d'été de Pékin.
  • 44 - La Cité interdite est l'un des rares palais impériaux encore debout aujourd'hui !44 - La Cité interdite est l'un des rares palais impériaux encore debout aujourd'hui !