Divine…

Article paru en janvier/février 2017 (JDM 103)

Par Rémi Darodes

Il y a des machines qui inspirent. Des machines pour lesquelles on a envie d’écrire. Ne serait-ce que pour rendre hommage aux hommes qui les ont conçues et dessinées. Autant vous le dire d’office : ce que vous allez lire ici n’est absolument pas objectif. J’ai réellement peiné à tenter de ne pas sombrer dans une critique dithyrambique, stérile et risible à souhait. Le ton est pompeux, mais la machine traitée l’encourage… Quelques brefs tours de roue à son guidon m’ont convaincu de livrer par des mots mes premières impressions.

photo gauche

La Ducati Panigale nous a été dévoilée pour la première fois en 2012 lors d’une grande messe à l’italienne. La diva y a instantanément fait l’unanimité, tant par sa ligne somptueuse que par ses courageux paris technologiques (reniant un glorieux patrimoine sportif de plus de trois décennies).
La Panigale amorce l’abandon du cadre treillis tubulaire, pourtant si symbolique et cher à la marque. Ce dernier devient porteur et endosse de surcroît le rôle de boîte à air. Au diable la symbolique, son embrayage à sec si typique mais pas moins sonore est également délaissé.


Engoncé dans ce splendide écrin, le moteur et l’ensemble de la mécanique tracent là un véritable virage technologique. La belle intronise l’arrivée massive de l’électronique de pointe. Ce qui paraît raisonnable, car avec 198 chevaux pour 175 kg à sec il y a de quoi vous secouer les puces. Logique que cette diablesse en renferme tant, non ?
Sa finesse et sa compacité sont dignes des plus grosses 600. Sur une machine de grande série un tel ratio poids/puissance était encore inédit il y a 4 ans. “Grande série”, on s’entend… à plus de 20 000 € le bout, autant vous dire que la garce ne court pas les rues. Ce qui l’a rendue d’autant plus exclusive et désirable.

 

Sans doute instiguée par l’arrivée d’Audi dans le capital de la marque, la Superbike italienne a perdu en authenticité. Certains puristes considérant même les choix technologiques présentés plus haut comme de véritables sacrilèges. En dépit de ça, elle a su profiter des bienfaits de l’ingénierie allemande.
Au premier abord le mélange entre le perfectionnisme allemand et la grâce italienne peut laisser dubitatif. Mais globalement et même si elle n’a pas l’efficacité d’une nippone, on peut remercier l’espace Shenguen car cet éclectisme européen fait des merveilles.
Qu’on se le dise… sa démesure ne la rend ni vraiment efficace ni agréable… Mais elle a le mérite de captiver vos sens comme aucune autre moto ne sait le faire. J’ai donc eu le privilège de l’essayer brièvement.

Le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle vous rapproche du ciel. Dans tous les sens du terme. Divine, c’est le mot. Une véritable machine à émotion.

Tout motard doit connaître ça un jour. Un regard sur sa plastique de reine et une goutte d’émotion vous échappe. Le moteur tout juste élancé et le cognement violent des deux énormes pistons vous fait vibrer tous les organes. Le ralenti à peine dépassé et vous perdez deux mesures d’audition. Quelques kilomètres parcourus et la terrifiante mécanique qui se cache sous ce réservoir rouge braise vous brûle le postérieur. Et que dire lorsque vous osez lui chatouiller légèrement la poignée droite… elle vous explose à la gueule. Si bien que vous craignez que votre roue avant ne touche les oiseaux.
Là où une Japonaise est une clef de 12, un vulgaire outil de performance quoi, considérez que la Panigale est un pinceau, une oeuvre d’art taillée d’une pièce dans l’alliage (et la résine).
La Ducati Panigale, prononcée dans sa langue natale, D[ù]cati Pa-nigal[é], est sans doute la plus belle machine jamais créée, et je pèse le poids de mes mots. Ses lignes sont résolument modernes, mais tellement soignées et précieuses qu’elles semblent avoir été dessinées à l’époque de la Renaissance sur un chevalet florentin... Le dessin est aérien, les diverses entrées d’air qui jonchent la moto donnent une impression de légèreté étonnante. Elle ne paraît pas fébrile pour autant, mais plutôt tranchante, surprenante d’agressivité. Le tout sans être belliqueuse à l’excès : tout simplement racée. L’harmonie de la face avant soulignée par des feux à Led profilés est juste parfaite. Le noble mono bras vient accentuer la prestance de la moto. Sa ligne est achevée par un ensemble selle et feux arrière joliment entouré par deux brèches transperçant le fuselage.

 Fiche technique Ducati Superbike 1199 Panigale R (selon données constructeur 2017)

MOTEUR
Type : bicyl. en L, 4 soup./cyl, refroidis. eau
Cylindrée : 1198 cm3
Puissance : 106 ch à 9750 tr/min
Couple : 98 Nm à 4000 tr/min
Boîte de vitesse : 6 rapports
Transmission : par chaîne

PARTIE CYCLE
Cadre : monocoque aluminium
Réservoir : 17 L
Hauteur de selle : 830 mm
Poids : 184 kg tous pleins faits
À partir de 33 250 €

 


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